Le marché de la gestion du carbone en Autriche

En juin 2024, l’Autriche a lancé une stratégie de gestion du carbone. Le pays s’était jusque-là opposé au stockage géologique du CO₂ en raison de préoccupations environnementales et de l’opposition de la population. À la mi-2026, l’Autriche a adopté une stratégie de gestion du carbone, mais peu de progrès ont été réalisés pour établir le cadre législatif nécessaire à sa mise en œuvre. Aucune loi visant à permettre sa mise en œuvre n’a été adoptée depuis le lancement de la stratégie, et l’industrie autrichienne demeure dans l’attente.

Les initiatives menées à l’échelle de l’Union européenne (UE), notamment le règlement « zéro émission nette » et la stratégie de gestion du carbone industriel, encouragent tous les États membres à adopter des politiques favorables au captage, à l’utilisation et au stockage du carbone (CUSC), l’objectif étant d’atteindre une capacité d’injection de CO₂ de 50 millions de tonnes d’ici 2030.

La stratégie autrichienne de gestion du carbone vise à contribuer à l’objectif du pays d’atteindre la carboneutralité d’ici 2040. Elle repose sur trois technologies clés :

  • le captage et le stockage du carbone (CSC);
  • le captage et l’utilisation du carbone (CUC);
  • l’élimination du dioxyde de carbone (EDC).

Ces technologies permettront de réduire les émissions provenant des industries et d’autres secteurs où il est difficile de les éliminer complètement.

L’Autriche a déterminé que le CSC seront utilisés pour décarboner les industries dont les émissions sont difficiles à réduire, à l’exclusion du secteur de l’énergie. Les secteurs concernés sont notamment :

  • la production de ciment;
  • la production de chaux;
  • l’incinération des déchets;
  • l’industrie des matériaux réfractaires;
  • l’extraction de minerai de fer.

Évolution des politiques et du cadre juridique

Évolution des politiques et du cadre juridique

Interdiction du stockage toujours en vigueur : La stratégie autrichienne de gestion du carbone (juin 2024) recommande de lever l’interdiction du stockage géologique du CO₂ en vigueur depuis 2011 et de transposer la directive européenne sur le CSC dans le droit national. Toutefois, à la mi-2026, la loi nécessaire à cette fin est toujours en attente et le processus politique menant à son adoption n’a pas encore été amorcé. L’interdiction de 2011 demeure donc en vigueur et le stockage géologique reste interdit. L’Autriche compte parmi les derniers États membres de l’UE à ne pas disposer d’un cadre réglementaire pour le CSC. Tant que cette lacune législative ne sera pas corrigée, le stockage de CO₂ en Autriche et la mise en place d’un éventuel réseau de transport de CO₂ ne pourront pas aller de l’avant.

La mise en œuvre de la stratégie de gestion du carbone se déroule en trois étapes :

  1. Mise en place du cadre juridique : Levée de l’interdiction du stockage et révision des lois encadrant les chaînes de valeur du CUSC et de l’EDC.
  2. Développement des infrastructures : Planification des réseaux de transport et des sites de stockage du CO₂.
  3. Mesures axées sur les puits de carbone naturels : Renforcement de la séquestration du carbone dans les forêts, les sols et les milieux humides.

La première étape demeure le principal obstacle à la mise en œuvre de la stratégie. À la mi-2026, la loi nécessaire pour autoriser le stockage n’a toujours pas été adoptée.

Nouvelle loi sur le climat en cours d’élaboration

Le gouvernement autrichien, en fonction depuis mars 2025, élabore une nouvelle loi sur le climat qui remplacera la loi sur la protection du climat, arrivée à échéance au début de 2021. Depuis, l’Autriche ne dispose d’aucun plan de réduction des émissions établi par la loi.

Un projet de loi a été présenté aux partenaires de la coalition au début de 2026. Toutefois, il ne fait toujours pas consensus et n’a pas encore été adopté. Selon les informations publiées, le projet ne prévoit ni objectifs contraignants de réduction des émissions pour les différents secteurs ni mécanismes efficaces permettant de rectifier le tir en cas d’écart. Il repose également sur l’élaboration d’une feuille de route climatique non contraignante, qui doit être présentée d’ici la fin d’octobre 2026, et retient l’année 2050 comme échéance, alors que le gouvernement s’est fixé comme objectif d’atteindre la carboneutralité d’ici 2040. Cette divergence demeure l’un des principaux points de désaccord. La mise en place d’un cadre législatif sur la gestion du carbone pose également des défis de coordination, puisque les responsabilités dans ce domaine sont réparties entre le ministère des Finances, responsable du secteur minier, et le ministère de l’Agriculture, des Forêts, du Climat et de l’Environnement.

La loi autrichienne sur l’accélération du développement des énergies renouvelables, en vigueur depuis juillet 2026, instaure un guichet unique pour les procédures d’autorisation et établit une présomption légale d’« intérêt public supérieur » pour les projets liés à la transition énergétique. Les installations de CUSC sont toutefois expressément exclues de cette présomption. Ainsi, les électrolyseurs d’hydrogène et les pipelines d’H₂ bénéficient de conditions d’autorisation plus favorables que les projets de captage et de transport du CO₂. Pour les entreprises canadiennes, cela signifie que les échéanciers des projets de gestion du carbone en Autriche dépendent davantage de l’adoption de la loi sur le stockage, toujours en attente, ainsi que des autorisations accordées au cas par cas. Les projets liés à l’hydrogène sont moins tributaires de ces facteurs. Il existe donc une différence réelle entre les cadres réglementaires applicables à ces deux domaines technologiques.

Recherche, industrie et participation des parties prenantes

L’initiative de recherche CaCTUS a permis de cerner les principaux obstacles au déploiement du CUSC en Autriche, notamment la nécessité :

  • de garantir des prix concurrentiels pour le CO₂;
  • de simplifier les processus d’autorisation;
  • d’investir dans les infrastructures de transport et de stockage du CO₂.

La recherche sur le captage du carbone et la décarbonation industrielle bénéficie du soutien du Fonds pour le climat et l’énergie, ainsi que du cadre plus vaste de recherche et d’innovation de l’Autriche.

L’Autriche continue de renforcer ses capacités technologiques en matière de CSC et de CUC, certaines technologies ayant désormais atteint la maturité commerciale. L’intérêt de l’industrie est également en hausse, comme en témoigne la participation d’une délégation autrichienne à Carbon Capture Canada 2024. Toutefois, les progrès législatifs limités depuis le lancement de la stratégie de gestion du carbone en 2024 incitent encore de nombreuses entreprises à la prudence avant d’aller de l’avant.

Objectifs quantitatifs et planification

Le plan national autrichien en matière d’énergie et de climat considère le CUSC comme un moyen de réduire les émissions des secteurs difficiles à décarboner et prévoit que jusqu’à 500 000 tonnes de CO₂ pourraient être captées d’ici 2030. Le plan appuie également la bioénergie avec captage et stockage du carbone (BECSC), ainsi que d’autres technologies d’élimination du carbone.

Perspectives clés pour les entreprises canadiennes du secteur des technologies de gestion du carbone

  • Contribuer à combler les lacunes en matière de connaissances en Autriche grâce à l’expertise et aux technologies canadiennes de gestion du carbone.
  • Les secteurs difficiles à décarboner, notamment l’incinération des déchets municipaux et la production de ciment, offrent des possibilités pour les entreprises canadiennes.
  • Les importantes ressources de CO₂ biogénique issues de l’industrie de la transformation du bois en Autriche créent des possibilités dans les domaines du captage du carbone et de la production de produits chimiques écologiques.  

Principaux défis pour les entreprises canadiennes du secteur des technologies de gestion du carbone

  • Les systèmes de CUC nécessitent une capacité de raccordement au réseau électrique élevée.
  • L’intérêt pour la décarbonation industrielle augmente, mais les acheteurs cherchent souvent des technologies qui ont déjà fait leurs preuves sur le marché. De nombreuses technologies d’utilisation du carbone doivent encore être adaptées à des applications particulières et ne constituent donc pas des solutions prêtes à l’emploi.
  • Les infrastructures de transport et de stockage du CO₂, notamment les pipelines, les pôles de regroupement et les liaisons transfrontalières, sont encore en cours de développement.
  • L’acceptation du CUSC par la population demeure un défi.
  • Le cadre réglementaire continue d’évoluer.

Paysage commercial autrichien

  • L’Autriche offre d’excellentes conditions aux investisseurs étrangers, notamment grâce à sa grande stabilité sociale et politique.
  • Les entreprises étrangères qui souhaitent percer le marché autrichien peuvent avoir accès à différentes possibilités de financement.

Résumé

L’Autriche représente un marché émergent pour les entreprises canadiennes du secteur des technologies de gestion du carbone, alors que le pays poursuit l’élaboration de son cadre réglementaire dans ce domaine. Si la stratégie de gestion du carbone établit les grandes orientations, plusieurs mesures essentielles à sa mise en œuvre, notamment l’adoption d’une législation sur le stockage du CO₂, sont toujours en cours d’élaboration. Parallèlement, l’évolution des politiques de l’UE contribue à créer un contexte plus favorable à la gestion du carbone et au transport transfrontalier du CO₂.

À court et à moyen terme, les possibilités les plus prometteuses devraient se trouver du côté de l’utilisation du carbone plutôt que du stockage du CO₂ en Autriche. Les entreprises canadiennes sont bien placées pour contribuer aux efforts de décarbonation du pays grâce à des partenariats technologiques, à des projets de démonstration et à des solutions de gestion du carbone destinées aux secteurs difficiles à décarboner, notamment ceux du ciment, de l’acier et des produits chimiques, ainsi qu’aux applications liées au CO₂ biogénique. Les entreprises devraient suivre de près l’évolution de la réglementation, des infrastructures et du degré de maturité du marché à mesure que le secteur continue d’évoluer.

Contactez-nous

Pour obtenir plus d’information sur le marché de la gestion du carbone en Autriche, veuillez communiquer avec Susanne Knobloch (susanne.knobloch@international.gc.ca), déléguée commerciale.

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