Ouvrir la voie : Patricia Marsden-Dole, première femme déléguée commerciale au Canada

En 1969, Patricia Marsden-Dole s’est jointe au Service des délégués commerciaux (SDC) et est devenue la première femme déléguée commerciale au Canada, à une époque où la profession commençait à peine à évoluer.

Les personnes qui l’ont connue se souviennent d’une diplomate compétente, intègre et pragmatique, qui n’a jamais cherché à entrer dans l’histoire.

Elle voulait simplement bien faire son travail, et ce faisant, elle a ouvert la voie à d’autres femmes.

Les premières années et une ouverture sur le monde

Née à Edmonton en 1945, Patricia a grandi à Vancouver. Elle a étudié les sciences politiques et l’économie à l’Université de la Colombie-Britannique, puis au Collège d’Europe, à Bruges.

Elle rêvait d’une carrière internationale, même si elle savait qu’à l’époque, les possibilités offertes aux femmes dans le milieu diplomatique étaient encore limitées. Cela ne l’a toutefois pas découragée.

À la fin des années 1960, alors qu’elle vivait à Londres, elle a décidé de passer les examens d’embauche du Service des délégués commerciaux. À sa grande surprise, elle a réussi et est devenue la première femme déléguée commerciale au Canada.

De 1969 au début des années 1970 : ses débuts au SDC et sa première affectation à New Delhi

La cohorte des nouveaux délégués commerciaux en 1969

Le rôle des délégués commerciaux se distinguait de celui des diplomates traditionnels. Ils accompagnaient les entreprises canadiennes dans leurs efforts visant à cibler de nouveaux marchés, à établir des relations d’affaires et à se familiariser avec des milieux qui leur étaient peu connus. Leur travail était concret, exigeait une grande capacité d’adaptation et nécessitait de faire preuve d’autonomie et de jugement.

Les obstacles auxquels se heurtaient les femmes commençaient à s’atténuer, mais les mentalités évoluaient à des rythmes différents. Si certains collègues accueillaient favorablement l’arrivée des femmes, d’autres restaient attachés à des idées plus traditionnelles.

« On ne faisait certainement pas partie du groupe », a plus tard affirmé Patricia. « On avait l’impression d’être de trop. »

Patricia a passé sa première année au Service des délégués commerciaux à Ottawa, avant de parcourir le Canada avec d’autres nouveaux délégués commerciaux pour rencontrer des entreprises et se familiariser avec leur réalité.

Howie Cummer, un ami proche qui faisait partie de la même cohorte, se souvient de l’assurance dont elle faisait preuve. « Lorsqu’on discutait d’affaires, elle participait aux échanges au même titre que tout le monde », raconte-t-il. « Elle avait confiance en elle. »

En 1970, à seulement 24 ans, Patricia a obtenu sa première affectation à New Delhi.

Elle avait alors eu l’impression d’être « parachutée dans un autre monde », où elle se sentait souvent seule et isolée. Sa première tâche consistait à meubler et à décorer des résidences diplomatiques.

« On m’avait envoyée à Delhi pour prouver que les femmes n’avaient pas leur place parmi les délégués commerciaux », raconte-t-elle. « Personne ne savait quoi faire de moi, et on espérait que je finirais par abandonner et rentrer chez moi. »

Mais Patricia ne s’est pas laissé décourager. Elle s’est pleinement investie dans son travail, multipliant les voyages et les rencontres pour se familiariser avec les pratiques commerciales et la vie quotidienne du pays. Elle excellait dans ses fonctions.

Une famille et une carrière aux quatre coins du monde

La carrière de Patricia l’a menée aux quatre coins du monde, tandis qu’elle et son mari, Paul, élevaient leurs deux fils, Greg et Thomas.

À l’époque, la place des mères sur le marché du travail était encore en pleine évolution, et Patricia se heurtait souvent à des préjugés tenaces. Elle y faisait face avec calme, laissant ses compétences parler d’elles-mêmes.

Greg se souvient d’une enfance marquée par la découverte de nouveaux pays et de nouvelles cultures, ainsi que par la fréquentation de plusieurs écoles, mais aussi par la discipline et la stabilité qui régnaient à la maison. Patricia et Paul avaient appris à leurs fils que tout ce dont ils bénéficiaient dans le cadre de la vie diplomatique appartenait à la population canadienne et devait être traité avec respect.

Pour concilier sa carrière et sa vie familiale, Patricia pouvait compter sur Paul. Leurs forces se complétaient : tandis que Patricia se consacrait à son travail, Paul excellait dans l’art d’établir des liens. Il organisait souvent des réceptions qui réunissaient les milieux diplomatiques et les gens d’affaires locaux.

Du milieu des années 1970 au début des années 1980 : l’Australie et Cleveland

Au milieu des années 1970, Patricia a obtenu une nouvelle affectation, cette fois en Australie.

Plusieurs régions du pays étaient alors frappées par la sécheresse, et les agriculteurs avaient un besoin urgent d’équipement adapté à ces conditions.

Grâce à l’expérience récemment acquise par le Canada pour faire face à des difficultés semblables dans les Prairies, Patricia a pu mettre les agriculteurs australiens en contact avec des fournisseurs canadiens de produits et de matériel agricole répondant à leurs besoins.

 « Nous avons réussi à conclure de nombreuses ententes », a-t-elle raconté plus tard.

Patricia a ensuite été affectée à Cleveland, une ville qui allait devenir l’un de ses lieux d’affectation préférés et qu’elle décrivait comme un « secret bien gardé ».

Les États-Unis étaient déjà le principal partenaire commercial du Canada, mais à Cleveland, les relations d’affaires reposaient avant tout sur la confiance et les contacts personnels.

Lorsqu’elle a eu l’occasion d’embaucher un adjoint, Patricia a choisi un ancien joueur de football de la région, qui entretenait des liens avec des décideurs locaux.

« Elle savait comment aborder les problèmes », explique son fils Greg. « Elle comprenait ce qui pouvait fonctionner. »

Du milieu à la fin des années 1980 : des postes de leadership et le Japon

Patricia, accompagnée de son mari Paul, présente ses lettres de créance à l’occasion de son entrée en fonction comme haute-commissaire du Canada en Tanzanie, en 1992.

En 1984, Patricia avait commencé à occuper des postes de leadership, notamment celui de directrice adjointe à la Direction du commerce avec le Japon.

Ruth Zeisler, qui a travaillé sous sa direction, se souvient d’une dirigeante et mentore qui a marqué sa carrière.

« Elle ne se contentait pas de nous donner les réponses », raconte-t-elle. « Elle voulait qu’on réfléchisse aux problèmes pour trouver nous-mêmes des solutions. »

« Elle avait un talent remarquable pour établir des liens de confiance, tant avec les exportateurs canadiens qu’avec les partenaires locaux à l’étranger », se souvient John Treleaven, son gestionnaire de l’époque.

Évoquant l’importance du parcours de Patricia en tant que femme dans la diplomatie, il ajoute : « Combien de talents nous ont échappé avant elle? »

Début des années 1990 : la Tanzanie et la direction d’une mission diplomatique

En 1992, Patricia a été nommée haute-commissaire du Canada en Tanzanie.

Cette nomination marquait un tournant important dans sa carrière. Ses responsabilités ne se limitaient désormais plus au commerce : elle était chargée de superviser l’ensemble de la présence canadienne au pays, notamment les relations diplomatiques, la coopération au développement et les affaires politiques.

Les années 1990 : le Portugal et le projet Creoula

Lorsque Patricia a été nommée ambassadrice du Canada au Portugal en 1994, les relations entre Terre-Neuve et le Portugal étaient marquées par de vives tensions dans le secteur des pêches.

Patricia a choisi d’aborder la situation sous un angle différent. Grâce aux origines terre-neuviennes de sa mère, elle comprenait bien, sur le plan personnel, les liens de longue date qui unissaient les deux régions.

En 1998, le projet Creoula a réuni des jeunes de Terre-Neuve et du Portugal pour une traversée de l’Atlantique à bord du Creoula, un ancien navire de pêche. Cette expérience commune a permis de tisser des liens et de favoriser une meilleure compréhension mutuelle, au-delà des négociations officielles. Des amitiés nées à bord du Creoula perdurent encore aujourd’hui, plusieurs décennies plus tard.

« Elle était extrêmement fière de ce projet », raconte son fils Greg. « Il a permis de rapprocher les gens comme rien d’autre n’aurait pu le faire. »

En reconnaissance de son travail, le président du Portugal lui a décerné le titre de commandeure de l’Ordre de l’Infant Dom Henri.

2003 et les années suivantes : un engagement qui se poursuit

Après avoir pris sa retraite, Patricia donne une présentation au ministère des Affaires étrangères et du Commerce international (aujourd’hui Affaires mondiales Canada).

Patricia a pris sa retraite de la fonction publique en 2003, mais elle n’a pas pour autant cessé de travailler.

Elle a obtenu un doctorat en théologie appliquée à l’Université Saint-Paul, où ses recherches portaient sur la spiritualité, le vieillissement et la fin de vie. Elle a également fondé le Centre for Aging and Community. Avec une pointe d’humour, elle décrivait ce travail comme une façon de « donner un coup de main aux baby-boomers ».

Elle a aussi continué de s’investir activement dans sa communauté en faisant du bénévolat.

En 2015, la province de l’Ontario lui a décerné le Prix d’excellence pour les personnes âgées.

Un héritage durable

Patricia s’est éteinte en 2025, à l’âge de 80 ans.

On se souviendra toujours d’elle comme de la première femme déléguée commerciale au Canada. Mais les personnes qui l’ont côtoyée gardent d’elle bien d’autres souvenirs.

Elles se souviennent d’une femme qui abordait les problèmes avec méthode, faisait preuve de calme et de pragmatisme et avait toujours à cœur de bien servir le Canada.

Sa façon de travailler incarnait les valeurs qui demeurent encore aujourd’hui au cœur du Service des délégués commerciaux.

Comme elle le disait elle-même : « Lorsqu’on réussit à établir un lien entre un vendeur canadien et un acheteur étranger, le genre n’a aucune importance. »

Patricia n’a pas seulement ouvert la voie à d’autres femmes : elle a aussi établi un modèle d’excellence en diplomatie.

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